vendredi 12 mars 2010

Kat Von D et les mini-wheat

« Je ressemble à qui? »

Cette question revient de plus en plus souvent. J’aurais beau dire qu’elles sont ma copie conforme: ce fait est confirmé, vérifié et contre-vérifié par tous les gens que nous croisons dans notre vie.

Mais il semble que cette réponse est insuffisante. À cet âge, on ne peut pas ressembler à nos aïeux. Cela n’est pas une option.

Laura et Sophie n’y échappent pas non plus. Je pourrais prendre « personnel » ce désir de s’identifier à quelqu’un d’autre. Mais non. J’ai bien compris qu’elles sont comme tous les jeunes de leur âge. Elles veulent s’identifier à des personnages ayant un peu plus de prestige que leur p’tite mère.

Heureusement que j’arrive à mettre des mots dessus : recherche d’identité. Et que je comprends ça. Oh! Je ne vous ai pas dit ça? Mon duo maléfique est rendu au stade où elles se cherchent. Elles veulent s’identifier à des modèles, à des groupes. Bref, nous, simples humains, ne sommes plus aussi attrayants qu’avant.

Il fût une époque où, moi aussi, je me suis secrètement identifiée à un personnage, un modèle. J’ai toujours voulu être Betty (comme dans Archie). Mmm… en écrivant cela, je me demande jusqu’à quel point cela m’a été profitable. Ou non…

J’ai trouvé tout de suite à qui Sophie ressemble. À mon grand désarroi.

- Je ressemble à qui maman?

- Ben, à un mini-wheat!

Claquement de langue désapprobateur de la part de Sophie.

- Je le sais à qui tu ressembles « So ». Mais je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée.
- Ah oui? Vraiment? À qui? À qui? Pourquoi ce n’est pas une bonne idée?

Quelques fois, on s’en rend compte « à l’avance » qu’on peut « trop » parler. Comme le dit si bien Patrick Huard : « Farme ta yeule ». On se dit aussi, que si on s’ouvre la « trappe », on aura bien le temps de rattraper la chose. Mais des fois, on se dit aussi, que c’est bien de parler et de l’accompagner dans cette recherche d’identité.

- À qui maman? À qui?

- À Kat Von D.

À peine le constat prononcé, je la regarde. Et je suis charmé, car elle demeure, au fonds, un grand livre ouvert. Je m’ébahie de « voir » mes paroles se rendre jusqu’au disque dur pour fin de décodage. Je peux constater, à la simple lecture de ses expressions, le traitement de l’information. Elle entend l’information, elle enregistre l’information, elle évalue l’information, l’information génère un résultat. Elle juge le résultat. La rapidité dont ses traits se modifient est phénoménale!

Ce que je vois et comprends de ses expressions, à cet instant :

La bouche en ô.
L’exaspération (ça, c’est l’expression « filtre » qui accueille toute information).
Le questionnement (elle essaie de se rappeler la personne).
La bouche en Ô majuscule (elle sait de qui je parle).
L’horreur (au 1er abord, elle ne voit que ses tatouages).
Le dédain (elle s’est arrêtée aux tatouages).
L’outrage (elle se sent insultée de ma réponse).
« Comment oses-tu », me hurle son regard.

- Et comment ça se fait que TU trouves que JE ressemble à Kat Von D??

Elle est tellement mon digne successeur. Elle n’a pas besoin de crier pour bien se faire comprendre. Le ton juste, qui exige une réponse claire et précise.

C’est quand même vrai. Où est-ce que j’ai pris ça : Sophie = Kat Von D?

- Ok, je vais répondre à ta question. Pour ça, il faut voir la fille en dessous de tout le maquillage et les tatouages, Sophie. Vous avez une structure osseuse très similaire. Vous avez les mêmes traits. Les mêmes cheveux longs et foncés. Vos yeux ont la même forme. Et quelle coïncidence, vos yeux sont noirs. Elle est très « tom boy » et très féminine tout à la fois…

Et là, je vois quelque chose de magnifique et d’effrayant en même temps.

La concentration (elle enregistre chaque mot que je prononce).
La surprise (elle assimile les ressemblances).
L’incertitude (elle transpose sa personne sur celle de Kat).
L’acceptation et le triomphe. Oui. Le Triomphe.

Oui, elle a accepté cette image et se l’est appropriée. J’avais mis le doigt sur le « hic » qui l’empêchait de s’identifier à une personne différente de sa famille. Qu’est-ce que ce hic, me demanderez-vous.

Sophie est « tom boy ». Un garçon manqué tout en féminité. Une contradiction qui l’empêchait de s’identifier totalement aux « vrais » garçons manqués, tout comme elle ne s’identifiait pas entièrement au royaume rose et doré que nombre de jeunes filles privilégient.

- … et lorsque je la regarde, je vois une très belle jeune femme. Et je te vois, aujourd’hui. Pour moi, la ressemblance est frappante, ou en tout cas, le sera quand tu seras adulte. Elle est différente des autres et assume totalement cette différence. Je pense vraiment que tous les côtés, « tom boy » et féminins peuvent cohabiter dans un même corps. Il suffit juste de doser le mélange.

- … Ha oui?

- Oui. C’est comme je te disais, un mini-wheat! Un côté nutritif, masculin, et un côté givré; féminin! Kat Von D. Sophie.

Je vois tellement bien que je lui fais plaisir! Elle vient de trouver un modèle. Mais le regretterai-je? Et là, la vie a eu tôt fait de me répondre.

- Est-ce que ça veut dire que je pourrai avoir un tatou plus tard?
- Rêve pas en couleur, p’tite fille. On se calme les ardeurs.
- …

- Oh! et moi, à qui je ressemble? de demander Laura, à son tour.
- ... Heu... à Hermione?

Charlotte




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